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Propos recueillis lors de la soirée thématique « Manga » diffusée le 3 mars 1998 sur Arte.Remerciements à Christine Donato.
QUEST-CE-QUUN MANGA ?
Il s'agit en fait d'une bande dessinée.
Aujourd'hui, les personnages des mangas sont devenus complexes et des confusions sont possibles. Pour bien comprendre ces bandes dessinées, il est souvent nécessaire davoir une certaine connaissance de la société japonaise. Le Manga est un répertoire nouveau où se jouent des visions du monde, des valeurs éthiques. Une des réponses qui est apportée est souvent la fuite vers des univers galactiques. Les mangas puisent largement dans des faits universels, des problèmes de la société actuelle, des problèmes sexuels, affectifs, de scolarité, jusquà celui du monde des entreprises. On y trouvera donc les indices de la société codifiée, des problèmes générés par la vie moderne, la maladie du siècle et ses éventuels remèdes.
AU JAPON :
Cest un phénomène de culture populaire. La-bas, le Manga représente 1/3 du marché imprimé. Il a autant dimportance que le cinéma ou le roman. Cependant, Le Manga ne remplacera jamais le roman pour les Japonais qui lisent beaucoup.
Le manga est lu dans la rue, dans le métro et certains cafés-restaurants proposent un choix important de mangas. Un mangaraku (..) est un magasin spécialisé en Mangas. Un japonais passe environ 20 minutes pour lire un manga de 320 pages (15 secondes par page).
Au Mangakissa Café (surtout fréquenté par les hommes daffaires), règne une ambiance studieuse, sans aucune gène par rapport aux thèmes traités dans le manga. La lecture dun manga dans ce lieu coûte 15 FF les 30 minutes.
Limage du manga est omniprésente à Tôkyô, car c'est une image qui va droit au but et que tout le monde peut comprendre. Il nest pas utile de comprendre le texte en langue japonaise en raison de la facilité de sa structure. Cest un moyen dévasion, à vivre en solitaire.
Le coût dun manga est de 15 à 40 FF, il est lu, puis jeté. Dans la gare de Shinjuku, un marché parallèle sest établi : des mangas doccasion abandonnés par les voyageurs sont revendus à bas prix.
Il est imprimé sur papier recyclé, en noir et blanc sur environ 350 pages. La quantité de papier utilisée pour limpression de mangas est supérieure à la quantité de papier toilette consommée au Japon. Quinze volumes sont consommés en un an par un habitant de lArchipel.
Une librairie utilise la moitié de sa surface en rayons mangas.
Le Sezuka Awards est un gros marché où se font connaître tous les mangaka (auteurs de mangas). Il y a beaucoup dappelés mais peu délus. Cependant un mangaka reconnu est au Japon aussi célèbre quune star de Rockn Roll.
LORIGINE DU MANGA :
Il est vraiment né dans laprès-guerre mais son origine semble remonter au 12ème siècle. En effet, durant la période dEdo, les carnets de voyages des paysans représentaient des images de superstition. Cétait réellement une histoire alliant le texte et les images.
Cétait lukiyo-e : estampe divertissante et facile à comprendre pour le plus grand nombre.
Les mangas les plus connus sont Astro Boy, Dragon Ball, Robot Carnaval ; ils donnent lieu à des sous-produits comme des jeux, des dessins animés et des gadgets. Ce marché est important dans la mesure où 80 % des japonais ont une console de jeux. les hommes passent environ 3 heures par jour devant la télévision et les femmes cinq heures. Du coup, certains cinémas se sont spécialisés dans la projection de mangas.
LES PERSONNAGES DU MANGA :
Les yeux des personnages ne sont pas bridés et les paysages sont différents de ceux du Japon car c'est lailleurs et létranger qui suscitent le rêve. Les mangas diffusés en Europe sont beaucoup plus violents que ceux diffusés au Japon.
Chez les jeunes :
Il sagit souvent de persécutions par leurs camarades dadolescents faibles ou trop différents. Ces adolescents ne trouvent pas découte auprès de leur famille ou de leur professeur. Nayant pas dissue à leur problème, ils finissent par se donner la mort. Les mangas de science-fiction sont robotisés à outrance (les samouraï perdurent à travers les robots), avec lomniprésence de la technologie accentuant la puissance de la volonté et la pensée créatrice. Ces mangas font ressortir un pays où le sens du sacrifice, le conditionnement par la volonté et le stoïcisme sont les ultimes vertus de lhéroïsme.
Chez les adultes :
Lassociation de cultures étrangères permet de ne pas limiter le public au niveau de limagination. Le scénario est solide et les images sont réalistes.
La femme apparaît sous plusieurs formes :
- la femme-enfant (jeune fille idéale, souvent infantilisée);
- la femme sexy ou mère guerrière.
La violence et les préjugés jouent un rôle important. Toutefois, il semble que la violence des mangas nait aucune incidence sur les japonais (en effet au Japon on compte 1,4 meurtre pour 100 000 habitants contre 10,8 meurtres aux Etats-Unis pour 100 000 habitants). En revanche, toutes les 23 minutes-40 secondes, une personne se donne la mort (la tranche dâge la moins touchée est celle des jeunes jusquà 19 ans, la plus touchée concerne les personnes de plus de 60 ans).
Le manga serait-il donc un rêve sans conséquence ?
A Takarazuka, le musée « Tezuka » est un lieu que tout Otaku (amoureux des mangas) ne peut ignorer.
Ce musée porte le nom du créateur d'Astro Boy. Cet homme, médecin dorigine passa sa vie à dessiner. Ce musée est pour lui une manière de transmettre des valeurs aux enfants et au monde entier : préserver la terre et le pays (lécologie est un thème souvent repris dans les mangas).
Ce dessinateur, décédé il y a quelques années est un peu à lui seul Hergé et Disney réunis. Le roi Lion est né sous son crayon.
Lhumour dans les mangas :
Les ruptures de tons, les non-sens, fondent lhumour japonais et les japonais rient souvent deux-mêmes. Les jeux de mots sont intraduisibles dans la langue française. Au Japon, il nexiste pas de livres de blagues comme en France, cest un humour différent.
LES ENTREPRISES QUI VIVENT DU MANGA :
450 entreprises dimages animées se partagent le marché et emploient de jeunes diplômés. Le rôle de lordinateur est très important mais le dessin à la main na pas disparu. Le dessin est dabord tracé sur papier, puis passé sur un cello, ensuite vient la préparation des fonds, enfin les images sont assemblées devant la caméra. Un long-métrage nécessite un an et demi de travail.
A ce jour, les ventes de mangas diminuent dun pour cent par an. Le manga semble avoir fait le tour de la question et les sociétés créatrices de mangas dépêchent leur personnel à létranger pour trouver du nouveau, renouveler le graphisme et offrir de lexotisme.