Ghost in the Shell : Stand Alone Complex 2nd GIG
(À ne pas confondre avec Ghosn in the Seychelles : CEO vacation complex)

La deuxième saison de l'adaptation en série anime du manga de Shirô Masamune est disponible en DVD en France. Les vingt-six nouveaux épisodes ont été diffusés à la télévision japonaise l'année dernière. Comme pour la première saison la réalisation est assurée par Kamiyama Kenji. Oshii Mamoru, le réalisateur des deux adaptations cinématographiques a participé à la conception de la série. La série télévisée me semble cependant très différente des films de Oshii. L'une et les autres sont également très différents du manga (dont le ton est plus « léger » et parsemé de gags, au moins dans les premiers volumes), tout en y restant fidèle parfois jusque dans des menus détails.

À propos de Oshii, je tombe sur ce passage (que je qualifierai de « poilant ») dans un entretien :
« La femme est pour moi le second plus grand mystère, après le mystère du chien. Mais cela ne fait que cinq ans que j'ai envie d'utiliser des femmes dans mes films. Avant, elles ne m'intéressaient pas du tout. L'humanité, plus généralement, ne m'intéressait pas. A mes yeux, le sujet ultime reste le chien. » (Et plus particulièrement le basset...)



Mais revenons à la série. Si les méditations métaphysiques de Oshii sur grand écran vous ont laissé insatisfait, vous trouverez certainement plus roboratifs les cinquante deux épisodes télévisés dont les thèmes sont plus classiques : enquête policière, action, espionnage, complot, etc. Cela n'empêche pas Kamiyama de tirer de l'univers cybernétique de Ghost in the Shell des ressorts narratifs originaux. Par exemple, on n'est jamais tout à fait sûr de voir la réalité ou une illusion informatique injectée par un hacker plus malin. Les deux saisons présentent des qualités et des défauts ; je trouve qu'elles se valent globalement. Sur le plan visuel elles sont représentatives de ce que les studios japonais savent faire aujourd'hui avec un budget de série télévisée.

Il y a une ambiance spéciale dans les anime de Ghost in the Shell, et je crois que cela tient en grande partie aux personnages, qui conservent une distance avec le spectateur. Motoko est presque impénétrable, Kamiyama et Oshii avouant tout deux ne pas la comprendre. On ne sait pratiquement rien de son existence personnelle, sinon qu'elle aime probablement tripoter ses copines de temps en temps. Quant à ses pensées personnelles et ses sentiments, ils semblent cachés sous quarante couches de firewall militaire — c'est à se demander si elle a vraiment un ghost, cette fille. Batô est nettement plus sympathique, et pourtant il n'en révèle pas beaucoup plus. Il a pour lui une imposante présence physique et des interactions plus chaleureuses avec les autres personnages. Et puis, il semble éprouver pour Motoko un peu plus qu'un sentiment de camaraderie. Togusa est le plus normal du lot, tant dans son anatomie dépourvue de membres cybernétiques que dans son mode de vie : bobonne l'attend à la maison en s'occupant des mômes pendant que le curry mijote... C'est aussi le maillon faible de l'équipe, et donc souvent un facteur fort de l'intrigue. Et puis avoir encore une coupe de cheveux pure années 80 en 2030, c'est sûr, ça donne un style... Je passe sur les autres personnages qui sont au second plan. Reste les tachikoma, les araignées robotisées. Ce sont elles les plus humaines, et de loin ! Elles apportent la quasi-totalité de l'humour dans la série télévisée. Elles sont bavardes, curieuses, héroïques et fichtrement bien animées (par ordinateur). Si Kamiyama voulait souligner la déshumanisation des personnages humains en les contrastant avec des robots délurés, c'est réussi : dès qu'elles entrent dans le cadre, les tachikoma volent la vedette.


En plus, les tachikoma sont les plus cultivées, na !

Je suis frappé des résonances entre l'œuvre de Shirô et le monde réel. Pas pour le côté « L'Homme qui valait trois cent milliards de yen » ou le piratage informatique en abstractions colorées désormais très cliché, mais plutôt pour les rapports entre l'internet, les médias, les politiciens, la machine étatique. Bien sûr, les sources non officielles, les théories du complot, les fuites d'informations, la collusion des médias avec des intérêts politiques et financiers, etc. ne sont pas des phénomènes nouveaux ni même modernes, mais je pense que l'information et la technologie qui la porte façonnent nos représentations comme jamais, au point que, par exemple, les bureaucraties d'experts finissent par perdre de vue la réalité tout autant que les simples citoyens, produisant en toute sincérité une propagande dont elles sont les premières consommatrices (c'est comme cela que des armées technologiquement très supérieures se retrouvent embourbées dans des guérillas indémerdables sans rien avoir vu venir).

Ou alors c'est juste devenu plus évident maintenant...

Ou bien encore : vous êtes de plus en plus cons, mes chers contemporains.

Quoi qu'il en soit, avoir écrit un manga bourré d'informatique et de politique au tout début des années 90, qui non seulement n'est pas devenu ringard quinze ans après mais s'accorde de mieux en mieux à l'air du temps, c'est une splendide réussite.


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