PDA

Afficher la version complète : Cinéma - DVD - sortie dvd du chef d'oeuvre de Fukasaku !



gigano
13/06/2005, 17h29
L'un des chefs d'oeuvre de Kinji Fukasaku sort enfin en dvd (zone 1).

C'est "Gunki hatameku motoni", présenté en français comme "sous les drapeaux, l'enfer" (et en anglais : "under the flag of the rising sun").
Kinji Fukasaku a tourné ce film pour une compagnie indépendante, il y a mis beaucoup de lui-même, beaucoup de rage et d'énergie. C'est d'ailleurs dans ce film qu'il expérimente des nouvelles choses qui se retrouveront dans ses autres grands films à venir ("Yota le pourfendeur", réalisé juste quelques mois après, puis la série des "Combat sans code d'honneur"...).

On croit que c'est un film de guerre (un des meilleurs du monde avec "les sentiers de la guerre" de Kubrick, "Johnny got his gun" de Trumbo, "croix de fer" de Peckinpah...), parce qu'une veuve décide de savoir pourquoi son mari n'est pas revenu de la guerre (vue à travers une série de flash-backs) mais il parle aussi de la société japonaise de la fin des années 60, des personnes qui tentent d'oublier le Japon de la guerre (clin d'oeil à "Dodeskaden" d'Akira Kurosawa que je vous laisse deviner... juste un indice : on voit le même acteur) ...
Le film est construit un peu comme "Rashomon" d'Akira Kurosawa : plusieurs personnes donnent une vision, où est la vérité ? le mari a-t-il mangé de la chair humaine au combat, été un tueur ou un révolté exécuté pour insoumission ?

En bref, un film renversant, au propre comme au figuré.

En bonus, on remarque une intervention de Sadao Yamane, le critique de cinéma japonais grâce à qui nous avons pu mieux découvrir l'oeuvre de Fukasaku en Occident (festival de Rotterdam, ensuite, l'Etrange, Maison du Japon...), et de Tom Mes (animateur du site "midnight eye" auteur de livres sur le cinéma japonais...).

Une question : pourquoi les éditeurs français n'ont pas encore édité ce chef d'oeuvre incontournable du cinéma japonais des années 70 en dvd ? ! ?

J'espère qu'on le verra pas avec des sous-titres français, avec dix ans de retard !

Pour mettre un lien dans ce post, je sais pas trop comment faire... mais vous savez sans doute comment on fait pour trouver des dvd zone 1, alors c'est peut-être pas la peine de citer un site en particulier, il y en a plusieurs...

Matreshka
17/06/2005, 13h16
http://images.amazon.com/images/P/B00097DXSU.01.LZZZZZZZ.jpg[/img][/list]

Un film dément et génial !
Bizarre que personne n'en ai parlé. On dirait qu'il est pas connu en France... sur le dvd il y a un commentaire d'une femme qui connait très bien le Japon et le cinéma de Fukasaku.
super !

suppaiku
17/06/2005, 16h48
Merci Gigano :wink:

Yukumizu
18/06/2005, 12h19
Une question : pourquoi les éditeurs français n'ont pas encore édité ce chef d'oeuvre incontournable du cinéma japonais des années 70 en dvd ? ! ?
C’est quand même un film difficilement sortable. Il a été un échec commercial au Japon, il ne ressemble pas aux autres films de Fukusaku, qui est cinéaste méconnu, peut-être parce qu’il a fait beaucoup de films de genre pas très intéressants, des films en série.
C’est un cinéaste de série B (au sens d’Aldrich pour En quatrième vitesse) qui a fait tout à coup un chef-d’œuvre, un film pas très facile, âpre, amer, qui ne montre pas la moindre complaisance sur la manière dont la Japon s’est reconstruit en faisant comme si rien ne s’était passé. En voyant ce film on comprend un peu mieux comment le Japon peut éditer des manuels d’histoire révisionnistes, cela ne date pas d’aujourd’hui.

C’est un film à voir absolument.

gigano
18/06/2005, 21h42
D'abord je crois que l'on sera d'accord sur ce point : c'est un film à voir absolument !
Par contre, quand tu dis que Fukasaku a fait des films de série, c'est exact à part quelques films tout de même... Cela dit, il me semble que son cinéma est aussi intéressant, aussi pertinent que celui d'un Imamura ou d'un Oshima (pour rester dans les cinéastes de sa génération); et surtout, aussi critique.
Le genre pour Fukasaku, c'est un prétexte pour parler de son temps.
Tu cites Aldrich, pourquoi pas, je vois où tu veux en venir.
N'oublions pas non plus que Scorsese reprend très exactement des choses de Fukasaku (peut-être que l'un a pas copié sur l'autre d'ailleurs).
Regarde "Mean Streets", "les affranchis" ou "Casino" : on trouve l'arrêt sur image sur un personnage, présentation, l'histoire commence.
Friedkin est aussi très fan, et je parle même pas de Tarantino.
Quand tu dis que Fukasaku n'est pas connu au Japon... ça dépend auprès de qui...
N'oublie pas que la très sérieuse revue "Kinema Jumpo" a souvent salué son oeuvre. L'un d'entre eux est même considéré comme l'un des 20 meilleurs films de toute l'histoire du cinéma japonais !

Quand à l'argument du flop commercial, l'histoire du cinéma est tellement truffée de films trop en avance qui n'ont pas trouvé leur public tout de suite, que je dois bien dire qu'il n'est pas valable.
En tout cas, je dis bien qu'en occident, on est passé à côté de l'oeuvre de Fukasaku pendant des années... Heureusement, cela change !

De là à associer Fukasaku aux discours révisionnistes, franchement je vois pas... Il n'y a pas plus critique que Fukasaku à propos du Japon contemporain, il a même filmé un magnifique personnage de Coréen révolté dans " tombe de yakuza"...

"Cimetière de la morale" (de Fukasaku) c'est "l'histoire du japon raconté par une hôtesse de bar" (d'Imamura) au masculin ; un regard au vitriol ! ! !

Enfin, quand je vois les fonds de tiroir de cinéma asiatique (ces éditeurs qui ne font pas différence : japonais, coréen, hk..., englobent tout), je comprends pas pourquoi il manque les chefs d'oeuvres de Fukasaku (à part les quatre sortis chez Wild Side qui se sont arrêtés - à tort ! - en cours de route) qui valent mille fois mieux !

Content que tu considères aussi que ce film (sous les drapeaux...) est un sommet.

Yukumizu
19/06/2005, 02h00
De là à associer Fukasaku aux discours révisionnistes, franchement je vois pas... Il n'y a pas plus critique que Fukasaku à propos du Japon contemporain, il a même filmé un magnifique personnage de Coréen révolté dans " tombe de yakuza"...
Je n'ai pas dit ça. PAS DU TOUT.
Ce film permet de comprendre en partie le discours des révisionnistes parce qu'il permet de remonter aux sources du problème, la guerre et l'après. C'est à dire qu'il nous montre ce qui s'est passé, une petite partie de ce qui s'est passé bien sûr.
"En voyant ce film on comprend un peu mieux comment le Japon peut éditer des manuels d’histoire révisionnistes, cela ne date pas d’aujourd’hui. "
Ce n'était pas clair ?

Série B : films à petits budgets réalisés rapidement. Cela ne veut pas dire pas intéressant ou pas bien.

Moi je parlais des raisons qui font que ce genre de film est difficile à sortir, pas d'un monde de rêve où les meilleurs films feraient les meilleures entrées.

Je l'ai vu à la MCJP et il y avait encore beaucoup de place dans la salle.

On peut comprendre qu'un éditeur hésite un peu.

suppaiku
19/06/2005, 08h48
C'est en Grande Bretagne que j'ai acheté mes Fukasaku. On en trouve un peu plus d'une dizaine disponibles (ce qui est pas mal, et même un ou 2 films d'époque sentimentaux, et même 2 ou 3 chanbara).
Pour la promo, ils sont quasiment tous chapeautés "par le réalisateur de Battle Royal". Ca avait l'air de marcher car il y a plusieuirs éditeurs qui s'y sont mis...
Quelle chance...

gigano
19/06/2005, 14h51
Yukumizu, loin de moi l'idée de t'accuser de quoi que ce soit à propos de la difficulté pour le Japon (par certains au moins) d'appréhender leur passé.

J'aurais juste souhaité que tu précises un peu ta pensée. Tu l'as fait, c'est bien.

Par ailleurs, tu ironises un peu sur le petit public qu'un tel film de Fukasaku a engendré.... C'est ton droit. Moi c'est les films à grand grand public comme les Taxi, Wasabi et consorts qui me font rire...

Seulement, il est évident que les films de Fukasaku ne sont pas connus (à part Battle Royale) parce qu'ils n'ont pas été vus, commentés. Il suffit que les gens en voient certains pour être familiarisés avec son oeuvre.
En fait, on ne laisse pas les mêmes chances au film ; certains (y compris de pures "bouses") ont le droit à la pub, aux annonces, d'autres pas.

Quand tu disais que Fukasaku n'était pas connu au Japon, j'ai cru bon de te rappeller que même le bouquin en deux volumes sur le cinéma japonais de Tadao Sato (meilleur que le Richie) en parle à plusieurs reprises, citer des cinéastes qui s'en inspirent -entre nous je trouve que Fukasaku est mille fois plus talentueux que Tarantino mais c'est une histoire-. Toi qui connais le Japon, oublies-tu que Miike a fait un remake d'un Fukasaku ?

Je ne suis pas un utopiste qui prend ses rêves pour des réalités, mais un réaliste. Soit un film très important, il a le droit de trouver son public, car comme je le répète c'est un des meilleurs films au monde sur la guerre et l'après-guerre d'un pays en mutation.
L'éditeur américain qui l'a sorti est au moins conscient de son importance, il propose un commentaire pédagogique assuré par une américaine spécialiste de la langue et la culture japonaise. D'ailleurs quand je lis des post sur la société et le cinéma japonais, ce film est tout indiqué (comme ceux d'Imamura, Oshima, Ozu pour une autre époque...).

Il serait temps de libérer sa vision, de voir ce qui se fait ailleurs... Quand on voit que des éditeurs britanniques ou américains (dépeints comme des sociétés "fric-fric") sortent ses films, alors qu'en France on se targue (à juste titre parfois, je dis pas) d'avoir une politique culturelle qui défend la qualité, et on ne fait rien, ça m'énerve.

J'ai envie de dire " allez encore un effort ", assez de nombrilisme, regardez ce qui se fait ailleurs, pas pour copier, mais proposer au moins quelque chose...

Yukumizu
19/06/2005, 16h17
Je continue à dire, mais peut-être que mon information est fausse, que ce film, qui était celui auquel tenait le plus Fukusaku, n'a eu aucun succès au Japon.

C'est pas tellement que j'ironise sur le petit publique de Fukusaku, j'en suis, mais même quand la MJCP passe des films japonais GRATUITS il n'y a pas beaucoup de monde, sauf quand il s'agit de films populaires au Japon. Ce n'est pas de l'ironie, juste une constation un peu désabusée. J'aime bien voir des films dans des salles pleines.

Pour le coup je vais reparler une nouvelle fois en l'air d'un film que j'avais vu comme cela, Boys be ambitious, avoir l'impression d'être vraiment un privilégié, vu le peu de monde dans la salle, de pouvoir voir un film aussi bien, gratos.

Cela dit je suis très heureux que Battle Royal ait permis à Fukusaku d'être un peu connu en occident, c'est un cinéaste à ne pas négliger, il a fait des films plus ou moins bon, dont un très bon, Yota le pourfendeur, et un chef d'oeuvre, dont il est question ici.

Les éditeurs français sont peut-être moins audacieux mais le parc de cinémas en France compense largement (avis personnel).

gigano
19/06/2005, 16h57
Tout à fait d'accord, quant à la qualité du parc de cinémas, en France. la possibilité de voir des films du monde entier. Même si cela concerne Paris, toutes ces salles d'art et d'essai par exemple, il ne faut pas oublier non plus que dans d'autres villes de France, il y a des cinémas indépendants actifs (Bordeaux, ...) plein de festivals (Toulouse, Marseille, Amiens...).
C'est sur la notion de "privilégié" que je souhaite revenir. Effectivement, on se sent peut-être comme cela quand on découvre un chef d'oeuvre d'hier, inconnu ici. Seulement, moi, ça m'embête que de tels films n'ont pas accès à un public plus large (je parle pas de millions de spectateurs...); surtout quand ils le méritent. Je pense même que pas mal de personnes seraient ravies de connaître un film comme ceux de Fukasaku, seulement soit elles ne sont pas au courant, ou n'ont pas eu l'occasion de les voir. Je suis pas "élitiste", déçu devant le manque de curiosité parfois, mais non résigné.
Pour la réception de "sous les drapeaux l'enfer " au Japon : la critique a été au rendez-vous, cette fois, adorant le film (malgré quelques malentendus voir le bonus...), mais le public n'a pas suivi. Pour une raison simple : c'est une esthétique en avance sur son temps et il s'attaque des problèmes que beaucoup de personnes voulaient oublier (c'est l'enjeu du film !).
Parmi les chefs d'oeuvres de Fukasaku : il y a "Yota le pourfendeur" et sa suite, le film cité, la série "combat sans code d'honneur", "cimetière de la morale". Mais "guerre des gangs à Okinawa", "homme porc et loups", "if you were young : rage", "Blackmail is My Life" sont aussi très intéressants. Sans oublier : "cops and thugs", désespéré et magnifique, beaucoup plus qu'un simple polar : il montre la paranoïa anti-rouge, l'alliance (réelle : lire le Kaplan sur les yakuzas) entre le milieu du crime et la police dans certaines circonstances (briser les grèves, faire des accords avec des entreprises...), oppose le Japon de la réussite et ceux qui en sont écartés. Une éloge de la liberté mise à mal par la société ; le flic "de base" comme le truand "de base" ne veulent être esclaves de quiconque... et "Yakuza graveyard" ("tombe de yakuza ") est aussi très attachant.
"le samurai et le shogun" réunit toute la crème des acteurs "chambara", il propose une vision acide de l'histoire japonaise. Comme dans ses films "yakuzas", "battle royale" : il s'agit de voir comment un clan, une dynastie, un Etat prend le pouvoir sur tous, élimine ou tente de supprimer ceux qui contestent...
Les "contes cruels de la jeunesse" de Fukasaku sont toujours d'actualité (jsuqu'à Battle Royale...), toujours appréciables au présent.
Dans les années 60, 70 Oshima se demandait "comment vivre au Japon ?", il critiquait au passage Mishima (qui apparaît dans "le lézard noir" de Fukasaku, adapté d'Edogawa Rampo), et Fukasaku nous a proposé son point de vue, en l'élargissant aussi : comment vivre dans le monde actuel ?

suppaiku
19/06/2005, 18h39
La MCJP n'a hélas pas droit à toute la pub méritée dans les médias : c'est pour ça que la salle est vide. Qu'elle fasse une rétrospective "Kitano", et vous les verrez, les Téléramasiens de service, s'extasier sur ce qu'ils connaissent déjà.

Je suis d'accord avec Gigano, concernant l'inégalité de traitement dans la promotion et la distribution. Je suis persudé qu'une version doublée en français de quelques films de Fukasaku, diffusés en prime le dimanche soir sur TF1 marcherait très bien. C'est du film Grand Public et par esthético-machin du tout. Je pense même que beaucoup de jeunes seraient étonnés de voir ce type d'histoire qui me fait parfois penser aux films de C. Eastwood, les Dirty Harry. Même si toutefois Fukasaku va bien plus loin dans son regard anarchiste et sans concession.
Vous verrez, un jour, Telerama célèbrera ce "monstre injustement méconnu". Ils nous ont fait le coup avec Almodovar (qu'ils ont même démoli à une époque) et même avec Kitano (qu'ils ont somptueusement ignoré).
Balzac avait raison : c'est que des nuls, surtout quand ils se prennent pour des intellectuels qui aiment l'art.